Les déchiré(es)

Publié le par nadia GIROUF

Ca y est, je les ai commencées. Il faut dire que cela faisait quelques semaines que l'idée me trottait dans la tête. Le marouflage ne me suffisait plus il fallait que je commence à déchirer. Evidemment ce n'est pas facile de se décider à déchirer son travail, ça commence comme une destruction mais très vite il y a reconstruction. Alors j'ai essayé avec un dessin auquel je ne tenais pas vraiment ("déchiré(e) 1"). Finalement quel plaisir de déchirer , de froisser, de coller. Et puis le résultat me plaisait.  J'ai donc renouvelé l'expérience mais cette fois avec des dessins destinés dès le départ à cette "destruction-reconstruction". Et voilà c'est parti, j'espère que ce n'est que le début d'une grande série.
Maintenant la question est de savoir pourquoi ces déchirures. Comme d'habitude je me suis laissée entraîner par une sorte de nécessité, j'ai commencé ce travail sans savoir ce que j'allais exprimer à travers lui. Il fallait juste que je le fasse. Mais déjà en regardant ces premières expériences quelques clés de lecture me viennent à l'esprit. Bien sûr au premier regard l'image peut paraître violente, comme ce corps de "déchiré(e) 3" qui semble vouloir se protéger, se crisper et finalement éclater sous des coups venant de l'extérieur. Oui, j'assume cette volonté de décrire les épreuves qu'endurent les femmes, les violences, les maladies, les douleurs qui les brisent dans leur corps et dans leur âme.   
Mais c'est aussi l'image qui est déchirée, l'image d'un corps, l'image d'un corps sur une affiche, l'image d'un corps qui se montre. Et voici de nouveau la question du regard qui se pose. Le corps exposé au regard se brise-t-il? Le regard posait sur le corps est-il destructeur?
Mais peut-être faut-il briser cette image, peut-être y-a-t-il autre chose derrière ce corps, autre chose à l'intèrieur, qui cherche à sortir, cette chose qui un jour brisera la carapace et s'exprimera librement.  Peut-être est-ce une éclosion plutôt qu'une destruction. Peut-être y a-il dans ces oeuvres plus d'espoir que l'on ne l'imagine à première vue. Oui, j'en suis certaine quelque chose doit sortir, je ne sais pas encore quoi ni sous quelle forme, il faut encore que je travaille...

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el inani 08/09/2010 11:39


Salut Nadia

encore un poème en correspondance avec ta peinture que j'admire

j'espère que mon poème trouveras écho dans ta peinture, Nadia
Corps tiraillés

Déchiquetés
à cor et à cri
Corps arc-boutés
Corps courbés sous
Le poids des soucis
Corps glacés
Corps scellés
Corps martelés morcelés
Corps courant vers l’infini
Corps

Harassés

Harcelés

Entés
Corps fêlés
Corps couvert d’échancrures
Corps suant
Corps à corps avec la vie
Face à Face
Avec La mort
Corps accroupis prosternés
À genoux
Aux pieds de l’Amour tyran
Corps

Froissés
Méconnus
Corps écartelés
Morcelés
Glacés
Muselés

Face à tous ces corps scellés
Aux cris étranglés
Que peuvent mes écrits
Que les mots charrient

Ahmed EL INANI Fès


nadia GIROUF 08/09/2010 21:51



Bonsoir Ahmed,


Merci beaucoup pour tes commentaires et tes beaux poèmes qui me touchent beaucoup. C'est incroyable en effet comme ils font échos à mon travail. On pourrait presque croire qu'ils sont écrits pour
mes tableaux. J'admire beaucoup ceux qui comme toi savent jouer avec les mots et sont capables de décrire avec élégance ce qu'ils ressentent au plus profond d'eux même.


Encore merci


Nadia



Delphine 24/11/2009 12:52


Bonjour Nadia ... ou plutôt re bonjour car je t'ai déjà écrit aujourd'hui, mais sur le blog"les déclics de Delphine".
J'étais déjà venue en promenade dans ton univers il y a quelques temps mais je n'avais pas eu l'occasion de voir ce nouveau travail.
J'aime vraiment beaucoup !
Ce qui m'attire, en plus du dessin, c'est la superposition
des déchirures sur les plis produits par le collage... j'aime l'effet que ça produit.
Bises
Delphine